Mythe du protectorat viril

Le mythe du protectorat viril ou mythe du protectorat patriarcal est un mythe politique viriliste antiféministe consistant à prétendre que les femmes n’auraient « pas besoin du féminisme » pour être protégées des violences masculines, mais auraient au contraire besoin de vivre dans un système patriarcal sous la « protection » d’hommes ultra-virils.

Analyse féministe occidentaliste du mythe du protectorat viril

Le mythe du protectorat viril est le nom que les féministes occidentalistes donnent à ce que les féministes de gauche appellent « sexisme bienveillant » ou « patriarcat bienveillant ».

Le mythe du protectorat viril exprime à la fois un déni face à l’androtoxicité et une vision homotropique des relations humaines : face à une violence masculine, le réflexe du viriliste est de présenter la masculinité comme la solution. Dans cette perspective, ni liberté des femmes, ni leur statut d’être humain à part entière n’est considéré : seuls comptent l’exaltation de la virilité, la préservation de l’ego viril, le maintien de l’ordre social homotropique, c’est-à-dire d’un ordre social fait par les hommes, pour les hommes, dans lequel les violences sur les femme se sont un problème que dans la mesure où elles indiquent la « faiblesse » de l’homme censé protéger son cheptel de femmes.

Le mythe du protectorat viril est gynophobe, puisqu’il repose sur l’idée que le mal viendrait des femmes tandis que le bien viendrait des hommes. Même quand des hommes violent ou tabassent des femmes, c’est de la faute des femmes et de la « féminisation » : les défenseurs du protectorat viril s’attacheront à ne trouver que des réponses virilistes aux attaques gynophobes, et à accuser indirectement le féminin pour des actes pourtant commis par des hommes. Dans la pensée gynophobe, l’homme qui commet un viol n’est pas « un vrai homme », il est un homme « féminisé ». On notera que la pensée gynophobe repose le plus souvent sur la croyance en l’infaillibilité du masculin : le masculin est associé à la perfection, l’ordre social parfait, qui protège les femmes des violences, est un ordre social exaltant la masculinité, dévalorisant la féminité en général et le féminin politique en particulier, consacrant l’hégémonie virile et octroyant des privilèges exclusifs aux hommes. Le mythe du protectorat viril repose sur la fausse promesse patriarcale de protection : « renonce à tes droits, soumets-toi au pouvoir masculin, et nous, les hommes, nous te protégerons contre les violences des autres hommes ».

Le mythe du protectorat viril est également un élément important de la culture du viol. Ce mythe contribue en effet à marteler l’idée que la solution aux viols n’est pas d’aider davantage les victimes et de créer des contre-pouvoirs à la violence masculine, mais plutôt de donner toujours plus de pouvoir aux hommes.

Enfin, sur le plan psychologique, le mythe du protectorat viril est un moyen de préservation de l’ego viril : en réaction au sentiment (fugace) de culpabilité qu’il est tenté d’éprouver face à la révélation au grand jour de l’ampleur des violences masculines contre les femmes, le viriliste préfère exalter son moi viril pour se rassurer, plutôt que de se demander si son homotrophie, son virilisme, son antiféminisme, ses comportements bromantiques et androtoxiques ne contribuent pas à la culture du viol.

Une tentative de délégitimation politique du féminisme

Le mythe du protectorat viril est le pendant conservateur du mythe de l’interchangeabilité des luttes. Dans les deux cas, il s’agit de présenter un modèle de société « idéale » dans laquelle on « n’aurait pas besoin du féminisme ». Pour la gauche, cette société idéale est la société d’égalité parfaite. Pour les conservateurs, cette société idéale est le patriarcat bienveillant. Les féministes doivent se protéger de ces tentatives de nier la nécessité du féminisme en réaffirmant sans cesse le principe de non-substituabilité du féminisme.

Les variantes du mythe

Le mythe du protectorat viril possède une variante : le mythe de l’âge d’or patriarcal, mythe largement diffusé dans les milieux conservateurs, qui consiste à présenter les violences sexuelles comme une « perversion moderne signe de notre décadence », et à prétendre que du temps où les traditions patriarcales étaient bien respectées, les hommes n’abusaient pas de leurs privilèges et ne commettaient pas massivement de violences physiques et sexuelles sur les femmes. Cette variante permet d’avancer l’idée que même quand on ne peut pas directement qualifier de « féminisé » un homme violent, c’est tout de même la « féminisation de la société » qui a rendu ce comportement possible, en raison du « manque de père » ou du laxisme judiciaire, éléments associés au féminisme et à la féminisation.

Le mythe du protectorat viril est souvent associé à un autre mythe conservateur : le mythe du féminisme ennemi des femmes.

Exemples

Le youtubeur conservateur masculiniste français Julien Rochedy diffuse régulièrement le mythe du protectorat viril. Le 10 janvier 2018, en réaction au mouvement #BalanceTonPorc de dénonciation des violences sexuelles commises par des hommes, il écrit : « Le #BalanceTonPorc n’est pas le symptôme d’une société qui subit trop l’homme, mais au contraire celui d’une société qui n’en a pas assez. Quand la société est remplie d’hommes, de vrais, les femmes sont protégées. Par exemple, si une femme de ma famille est embêté par un « porc », elle viendra tout de suite se confier, et je peux vous garantir que le « porc » en question trouvera tout de suite un frère, un père, un oncle, pour aller lui remettre les idées en place. De la même manière, les « porcs », quand ils savent qu’une fille vient d’une famille qui en est vraiment une, avec des hommes protecteurs et potentiellement violents pour protéger ceux et celles qu’ils aiment, n’osent pas vraiment embêter cette fille. » 1https://archive.md/GuOlz#selection-4515.3-4515.252

 

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Notes et références

Notes et références
1 https://archive.md/GuOlz#selection-4515.3-4515.252
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