Égrégore de Troie

L’égrégore de Troie désigne un esprit de groupe planant sur l’humanité depuis des temps immémoriaux, qui pousse à considérer toute révélation de violence sexuelle sur les femmes comme une déclaration de guerre.

L’égrégore de Troie et le patriarcat

Le nom de l’égrégore de Troie fait référence à la guerre de Troie, conflit légendaire de la mythologie grecque dans lequel le casus belli est l’enlèvement d’Hélène, épouse du roi de Sparte Ménélas, par le prince troyen Pâris. Dans les sociétés patriarcales anciennes, la distinction entre violence sexuelle, rapt et adultère consenti n’était pas nette, et dans les deux cas, l’offensé était avant tout le tuteur masculin de la femme victime (père ou époux), et plus largement le groupe auquel appartient cette femme (famille, cité). La révélation d’une violence sexuelle par la femme victime était perçue comme un appel à lancer une guerre, ou du moins un conflit, pour réparer l’honneur du groupe. Compte tenu de la gravité des conséquences qu’une telle révélation pouvait avoir, la silenciation prévalait, surtout lorsque l’auteur des violences s’avérait être un membre du groupe lui-même, ou un membre d’un groupe que l’on n’était nullement en position d’attaquer.

A l’époque contemporaine, le patriarcat a été en large part démantelé, mais l’égrégore de Troie subsiste. Les femmes qui dénoncent leurs agresseurs ou violeurs sont fréquemment accusées de vouloir déclencher un conflit voire une « guerre raciale » lorsque la dénonciation intervient dans un contexte de tensions raciales. Ainsi les victimes des viols de masse de Telford et Rotherham ont-elle été réduites au silence pendant plusieurs décennies, par crainte d’attiser les tensions raciales en Angleterre. De même, le mouvement Me Too a suscité des commentaires présentant les dénonciatrices comme des semeuses de désordre voulant attiser la haine contre les hommes ou contre une catégorie spécifique d’hommes.

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