Corpofémisme

Le corpofémisme ou pseudo-féminisme corporate est une forme de pseudoféminisme consistant pour une personne ou une organisation à exalter la figure de la femme cheffe d’entreprise ou cadre, à employer une rhétorique du girl power ou de l’empowerment, dans le but de se donner une aura féministe à peu de frais, sans accomplir quoi que ce soit pour le féminisme ni procéder à aucun changement structurel.

Sources du corpoféminisme

Les critiques de gauche contre le « pseudo-féminisme corporate » soulignent le rôle prépondérant du capitalisme dans ce phénomène.1 Maïlys Khider, Timothée de Rauglaudre, « Dans les réseaux “féministes” du CAC 40 », Le Monde diplomatique, , p.1, 20, 21 (lire en ligne) Pour le féminisme occidentaliste, le corpoféminisme est un conservatisme recouvert d’un vernis superficiel de souci gauchiste de l’égalité, et il est plus précisément une conséquence de la gazéification du libéralisme, du déni de la tripartition politique et du système néo-corporatiste.

Exemples de corpoféminisme

Surnommé « féminisme de marché » par la sociologue Sophie Pochic,le corpofémisme « émerge en France au début des années 2000. Apparu outre-Atlantique dès les années 1980, il a été importé dans l’Hexagone par les filiales françaises de multinationales américaines. “Aux États-Unis, cette alliance est naturelle, explique Françoise Picq, historienne, sociologue du féminisme et ancienne militante du Mouvement de libération des femmes (MLF). Le système étant capitaliste, on prend l’argent là où il se trouve. Les actions sont menées par des levées de fonds ou par de grandes fondations.” Alors que, en 2007, on ne recensait en France qu’une petite centaine de ces réseaux défendant l’accès des femmes aux plus hautes fonctions, il en existe aujourd’hui plus de cinq cents, d’après le Cercle InterElles. Ce club, fondé en 2001 par des dirigeantes de France Télécom, d’IBM France, de Schlumberger et de GE Healthcare, “a permis un échange de bons procédés : à la fois offrir un lieu de partage pour que les femmes puissent accéder à des postes à responsabilité et donner une visibilité à des multinationales”, explique Pochic. » 2 Maïlys Khider, Timothée de Rauglaudre, « Dans les réseaux “féministes” du CAC 40 », Le Monde diplomatique, , p.1, 20, 21 (lire en ligne)

En France, Elisabeth Moreno, ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes, à la Diversité et à l’Égalité des chances est une figure du corpoféminisme. Femme d’affaire et cheffe d’entreprise, elle est de sensibilité plutôt conservatrice et ne se soucie guère de féminisme. Elisabeth Moreno reprend des éléments de langage antiféministes chrétiens conservateurs, tels que la notion de « complémentarité », et les soutiens d’Elisabeth Moreno vantent son rejet du « féminisme hystérique ». 3Clément Arbrun, « Ces petites phrases d’Elisabeth Moreno, ministre à l’Egalité femmes-hommes, qui font tiquer », Terrafemina (lire en ligne) Elisabeth Moreno met en avant des initiatives néocorporatistes ventant l’entrepreunariat féminin, tout en fermant la porte aux associations féministes. En novembre 2020, elle décide la mise en concurrence du numéro 3919 d’aide aux femmes de violences conjugales. Créé en 1992 et géré par la FNSF (Fédération nationale Solidarité Femmes) regroupant 73 associations féministes, le 3919 est le numéro d’appel unique destiné aux femmes victimes de violences conjugales. En ouvrant une procédure d’ouverture de marché public, Elisabeth Moreno a pris le parti d’ouvrir à la concurrence le numéro, rendant possible l’éviction de la FNSF, dont l’expertise et l’expérience de terrain sont pourtant sans équivalent en France.4Titiou Lecoq, « Transformer le 3919 en marché public ouvert est profondément choquant », Slate France, (lire en ligne) 5Tribune collective, « Mettre en concurrence le 3919, c’est prendre le risque de faire vaciller un réseau national d’associations de terrain et de leurs partenaires », Solidarité Femmes, , (lire en ligne)

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Notes et références

Notes et références
1 Maïlys Khider, Timothée de Rauglaudre, « Dans les réseaux “féministes” du CAC 40 », Le Monde diplomatique, , p.1, 20, 21 (lire en ligne)
2 Maïlys Khider, Timothée de Rauglaudre, « Dans les réseaux “féministes” du CAC 40 », Le Monde diplomatique, , p.1, 20, 21 (lire en ligne)
3 Clément Arbrun, « Ces petites phrases d’Elisabeth Moreno, ministre à l’Egalité femmes-hommes, qui font tiquer », Terrafemina (lire en ligne)
4 Titiou Lecoq, « Transformer le 3919 en marché public ouvert est profondément choquant », Slate France, (lire en ligne)
5 Tribune collective, « Mettre en concurrence le 3919, c’est prendre le risque de faire vaciller un réseau national d’associations de terrain et de leurs partenaires », Solidarité Femmes, , (lire en ligne)
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